Mercredi 19 octobre 2005
- Je me suis couvert de boue
- à rester au garde à vous
- à faire semblant de rêver
- que le monde peut changer
- non je ne crois plus en vous
- c'est une histoire de dégout
- et je suis fier
- fier de ne rien faire
- J'abandonne le copyleft! Allez on va démarrer par là! Mon père attend toujours que je gagne mes premiers euros avec ma zik, faut dire qu'il a de quoi s'en faire un peu, vu que j'ai pas de diplôme, pas de piston, pas de chance au loto... très tôt j'ai été promis à un bel avenir en usine, comme tout le monde dans la famille. Alors je fais ma musique, je me bats comme un chien depuis que j'ai 14ans. Premiers textes mal écrits, premiers morceaux enregistrés sur dictaphone, premier sampleur acheté grâce à ma paye d'apprenti, premières instrus, premier morceaux originaux, première maquette, premier groupe, premiers concerts, premières connexions, première démo, premières embrouilles, première séparation du groupe, premières déprimes, premiers "c'est vraiment de la merde ce que je fais", premiers encouragement, premières imaginations de l'album, premier album. Si ces 7ans de musique n'ont jamais été motivé ni par le succès ni par le fric, j’espérais quand même inconsciemment mais sûrement, que les quelques francs qui viendraient naturellement pourrait m’éviter de faire la charité ou de bosser comme un exploité.
- Mais, c'est mon côté rebelle, dès que j'ai eu l'occasion de quitter ma campagne, je me suis cassé sur Paris pour y militer. C’était on ne peut plus clair dans ma tête, 18ans à fermer ma gueule, à côtoyer des gens soit réac, soit indifférent, soit qui fermé leur gueule comme moi. J'ai fuis vers la liberté! Alors la liberté à revêtit des fringues rouges. Profitant de mon inexpérience politique la liberté m'a fait gober n'importe quoi. Elle m'a dit que mon épanouissement passé par les AG, les débats, les tracts pompeux, les diffs, les manifs et puis plus tard par la dictature du prolétariat, le communisme et tout et tout. Et moi je l'ai crus! Je l'ai crus parce que ça me plaisait tout ça, ça me plaisait de croire qu'on pouvait changer le monde, que cela ne tenait qu'à nous, qu'il n'y avait qu'à le faire. J'ai lus Trotsky, Marx, Lénine, Victor Serge et même Besancenot (c'était quand même moins impressionnant...)! Et pis un jour j'ai commencé à me faire chier. C'est vrai quoi j'avais pas l'impression qu'on l'avait beaucoup changé le monde durant tout ce temps. Et moi ma vie elle était pas devenu plus passionnante. Je me suis dis qu'il y avait peut être quelque chose ailleurs... Mais comment dire, un communiste c'est comme un tique, c'est pas votre ami mais il s'accroche à vous grave! C'est là que je me suis dis que les sectes n'étaient pas seulement l'apanage des religions. Bref, ils ont fini par me lâcher et je n'ai pas honte de dire que j'entretiens encore des liens d'amitié avec certains d'entre eux.
- Mais moi, j'étais toujours dans le trip "un autre monde est possible", donc j'ai cherché d'autres endroits où on pourrait m'aidé à le changer ce monde. Vrai quoi! J'étais jeune, plein de bonne volonté, de plus en plus calé politiquement, la classe quoi! Naturellement je ne pouvais pas allé militer à droite (vous voulez vraiment que je vous explique pourquoi ou ça suffira?). Au milieu il y avait bien Bayrou mais disons qu'on s'en servait uniquement pour les blagues à l'époque (d'ailleurs aujourd'hui encore...). A gauche? Le P.S en fait, c'est le parti que j'ai toujours le plus détesté (le FN étant hors-compétition), je gerbais tous ces trous du cul fils à papa qui venaient prendre en pitié la classe ouvrière, tous ces démagos aussi libéraux que Madelin mais censés représenter "le petit peuple", tous ces bien-pensants mous du gland qui n'ont jamais mis les pieds dans nos quartiers. L'extrême-gauche, bein je l'avais testé et j'en voulais plus. Il restait cette espèce sombre et dangereuse d'individus appelés "anarchistes".
- Alors oui j'ai traîné avec les anars, j'ai traîné dans les manifs, j'ai traîné dans les débats, j'ai traîné dans les concerts... Et en fait je n'ai retenu que ça, les concerts! Parce que le reste je l'avais déjà fait avec les communistes et malgré un idéal dit "libertaire", j'ai retrouvé le même type de personnalités dans les 2 milieux, des gens sectaires, des mous qui parlent trop, des relous, des leaders etc... A partir de là je me suis quand même vachement plus marré et j'ai complètement abandonné cette idée conne qui voudrait qu'on change le monde alors qu'on passe notre temps dans des salles de concerts à tiser, gueuler, s'éclater, et que c'est beaucoup plus trippant!
- Mais malgré ça, c'est mon côté très con, j'avais toujours un idéal débile, un monde imaginaire dans lequel je ne serais pas obligé de bosser, de payer un loyer, de consommer comme un bouffon... Et j'avais cet idéal devant les yeux avec mes potes squatteurs. Donc quand on m'a proposé de faire du copyleft et de donner ma zik gratos, je trouvais ça super et je me disais que j'allais entrer dans un milieu où solidarité est le maître mot, où les individus ne sont pas uniquement motivé par le fric, où les valeurs que je défendais seraient appliquées. Quel erreur! Si j'ai bien appris un truc ces derniers mois c'est ça : le pognon, ça sert! J'ai passé des années à cracher sur cette idée et à me mentir à moi même mais mon père avait encore raison! Le pognon, ça sert! Bim! C'est dure d'entendre ça de ma part non? Mais merde j'en ai marre! J'ai passé mon temps à être cool, gentil, sympa. "Prenait ma musique, c'est gratuit, moi je retourne à mes boulots de merde et vous? Ah quel bonheur vous avez de l'argent de côté, ah super votre père tient une entreprise, génial vous vendez de la drogue, cool vous squattez chez des potes..." Tous le monde a son business! Musique libre et gratuite, laisse moi rire! Soit tes arrières sont assurées, soit elle est moins gratuite que tu veux le faire croire, ou sinon explique moi ton mode de vie. Explique moi comment tu grailles, tu te loges, tu te chauffes, et même comment tu fais tes morceaux! L'argent n'est jamais propre, vendre de la dope, braquer des épiceries, profiter du RMI, c'est pas plus glorieux qu'être patron ou salarié...
- Donc maintenant je persiste et signe, j'abandonne le copyleft! Je trouverais de quoi bouffer sans être un boulet pour personne, sans être un profiteur ou un démago, si je ne voulais pas de fric j'aurais jamais sorti un cd, quel intérêt? Alors oui comme tout le monde j'ai espéré pouvoir gagner un peu de maille avec ma passion, sauf que je voulais un soi-disant argent propre qui n'existe pas et n'existera jamais. L'argent ne tombe jamais du ciel, il te vient des mains de quelqu'un d'autre. C'est comme ça je n'y peux rien, je ne l'invente pas et comme je l'ai dit plus haut, je ne crois plus qu'"un autre monde est possible". Non je ne retourne pas ma veste, je fais juste face à la réalité. Vous y viendrais vous verrez. Le rêve s'arrête quand on se retrouve au pied du mur. Le copyleft c'est bien, mais devant la floraison de labels, de productions, de distros, comment ne pas voir que finalement on reviendra au shéma capitaliste, l'argent "propre" en plus.
- Alors maintenant c’est terminé, je trace ma route comme je l’entends. Peut être que l’argent rentrera et que je pourrais payer un voyage hors des frontières à ma mère, peut être qu’il ne rentrera pas et que je retournerais à l’usine. Dans tout les cas ce n’est pas bien important, je ne suis pas quelqu’un d’aigri et je continuerais mon chemin quoi qu’il en soit. Ma musique c’est ma passion, j’en fais depuis des années et j’en ferais toute ma vie, riche ou miséreux, copyleft ou copyright.
- Ne prenez pas ce texte comme une déclaration de virée vers le commercial et la musique de supermarché, je voulais juste dire que j’en avais marre qu’on me prenne pour une bille. Je n’en veux à personne car j’ai toujours été libre de prendre mes décisions, tous ce qui m’est arrivé je l’ai voulu et finalement cela m’a ouvert les yeux, toutes les expériences sont bonnes à prendre. Ma haine et ma rage, je les garde pour nos ennemis communs : l’état et le patronat. Et pour finir je crois qu’on la fera, notre little révolution, d’une manière ou d’une autre, mais on la fera...

